06 février 2011

Tata : Naka!

According to Wikipédia, Tata-Naka est une marque de vêtements appartenant aux sœurs jumelles britanniques d'origine géorgienne Tamara et Natasha Surguladze. According to moi, ça veut juste dire que Nakamura a gagné Tata. Pas ma tata, entendons-nous bien. Le TOURNOI Tata. Rien à voir non plus avec La cage aux folles. Le tournoi TATA-STEEL, pour être exact. Feu Corus, si on est nostalgique. Wijk aan Zee, si on est géographique ; "Ouaï-kan-zé" (en traînant sur le deuxième "a" et sur le "é"), si on est phonétique ; "Vichkanzi", si on est reporter à Europe-Echecs.

Précision importante : la phrase d'accroche avec les soeurs machin-chose-dze, elle est là juste pour faire joli. En étant un tantinet observateur, on s'aperçoit que la mode et les joueurs d'échecs, ça fait trois (exception faite du porte-manteau norvégien). Franchement, z'avez déjà vu les plus belles chemises flashy d'Aronian? Z'avez vu les étiquettes sous les chaussures de Navara? Z'avez vu le rasoir de Grischuk? Lui non plus. Z'avez vu le coiffeur de Nyzknyk? Faudrait lui intenter un procès, à cet homme-là...

Je disais donc, avant de m'égarer dans une mesquinerie capillairo-vestimentaro-esthétique qui me ferait presque douter de ma masculinité, c'est Naka qu'a gagné. 9/13, en solitaire, piquant la victoire à la bande des CAKA (Carlsen, Anand, Kramnik, Aronian). Le tableau résultatique est assez intéressant. Naka a fait carton plein contre les "clients" de bas de tableau, mais n'a pas été très convaincant contre la bande des CAKA : fessée par Carlsen, nulles sans avoir jamais pu jouer pour le gain contre les 3 autres. Il faudra sûrement s'attendre à revoir le Ricain jouer les trouble-fête en tournois, mais il semble encore un peu juste pour pouvoir prétendre à un rôle de challenger pour le titre mondial.


Bonus:

  • Retour de flamme. Une fois de plus, une partie de Shirov est qualifiable de "Fire on Board". Sauf que là, c'est lui qui se fait incendier. La faute à une prépa pyromaniaque de Kramnik. Enjoy!

[Event "Tata Steel Chess 2011"]
[Site "Wijk aan Zee"]
[Date "2011.01.21"]
[Round "Round 6"]
[White "Shirov"]
[Black "Kramnik"]
[Result "0-1"]

1. e4 e5 2. Nf3 Nc6 3. d4 exd4 4. Nxd4 Nf6 5. Nxc6 bxc6 6. e5 Qe7 7. Qe2 Nd5 8. c4 Nb6 9. Nc3 Bb7 10. Bd2 g6 11. Ne4 O-O-O 12. a4 Ba6 13. Qe3 Qxe5 14. Bc3 Bb4 15. Bxb4 Rhe8 16. f3 d5 17. a5 Nxc4 18. Qxa7 Qxb2 19. Qxa6+ Kd7 20. Rd1 Qxb4+ 21. Kf2 Rxe4 22.fxe4 Qc5+ 23. Ke1 Qb4+ 24. Kf2 Qc5+ 25. Ke1 Nb2 26. exd5 Qc3+ 27. Rd2 Qc1+ 28. Ke2 Re8+ 29. Kf3 Qxd2 30. Qxc6+ Kd8 31. Qf6+ Re7 32. Kg4 Nd1 33. Qh8+ Kd7 34. Bb5+ c6 35. Bxc6+ Kc7 36. d6+ Qxd6 37. Rxd1 Qxd1+ 38. Bf3 h5+ 39. Kg3 Qe1+ 40. Kh3 Qe6+ 41. Kh4 g5+ 42. Kxg5 Qg6+ 43. Kf4 f6 0-1







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11 octobre 2010

Olympiades de Khanty-Mansiysk

Les 39e Olympiades d'échecs se sont achevées le week-end dernier (pas hier, hein, mais y a huit jours, si ça avait été hier, j'aurais pas dit "le week-end dernier", j'aurais dit "ce week-end", même si je sais que "ce week-end" peut aussi désigner le week-end prochain, mais là on se doute bien que je parle pas du week-end prochain vu que j'ai mis le verbe au passé qui indique bien que c'est un week-end antérieur au moment du récit, donc on peut pas faire la confusion, mais bon, on sait jamais, moi je préfère expliquer les choses clairement au cas où, parce que parfois on se dit qu'on a compris alors qu'en fait pas forcément, et du coup on comprend, mais de travers, donc c'est presque pire que quand on comprend pas, donc il vaut mieux prendre son temps et être clair plutôt que foncer et rien piger, enfin, après, c'est juste mon opinion, chacun fait comme il veut).

Comme leur nom l'indique, les Olympiades ont lieu tous les 2 ans (du grec olym = tous les, et piade = 2 ans). Il ne faut pas confondre "olympiades" et "olympique" (aussi du grec olym = tous les, et pique = 4 ans). Elles avaient lieu en Russie, à Khanty-Mansiysk. Comme chacun sait, Khanty-Mansiysk se situe en Sibérie occidentale, terre ingrate et désolée où, hormis les puits de pétroles, rien ne pousse, provoquant de nombreuses famines au cours des siècles, d'où le nom de la ville (du russe khanty = c'est quand, et mansiysk = qu'on aura à manger).

Dans le tournoi "chromosomes XX", c'est la Russie des sœurs Kosintseva et d'Alexandra Kosteniuk qui s'impose en réalisant un joli perfect, devant la Chine et la Géorgie. Au passage, c'est la première fois que la Russie remporte les Olympiades féminines. Pas de commentaires sur les résultats des Françaises, parce que si j'en fais, on va encore dire que je suis macho et méchant, et que ça ne se fait pas de se moquer des handicapés. Dans le tournoi mixte (je dis "mixte" parce qu'il semblerait que quelques jupons se soient aventurés dans cet environnement testostéroné), l'Ukraine emmenée par Ivanchuk prend l'or, la Russie doit se contenter de l'argent, et Israël rafle le bronze. Pas de commentaires non plus sur les résultats des Français, parce que j'ai la flemme.

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18 mai 2010

Championnats de Lorraine 2010

Les échecs sont un sport intellectuel. Il était donc tout naturel que ce soit Forbach qui accueille les Championnats de Lorraine, Forbach étant une ville sportive (l'US Forbach vient d'accéder à la CFA2) ayant produit nombre d'intellectuels (c'est là que sont nés Patricia Kaas et Helmut Fritz). Ne jouant pas, je ne voulais cependant pas laisser passer l'occasion de me rendre dans ce joyau nord-mosellan, à deux pas de Völklingen et Saarbrücken.

Sur la route, c'est le dépaysement total. Des panneaux de direction m'indiquent que je passe à proximité de Sarrrewerden, Heckenransbach et Kleinblitterstroff. Je n'ai hélas pas le temps de faire de détours pour visiter ces villages aux noms si typiques qui rappellent non sans émotion que la chanson "Vous n'aurez pas l'Alsace et la Lorraine" n'a pas tenu bon face aux marches implacables de l'Histoire, de l'armée prussienne et de la Wehrmacht.

Ça y est, j'arrive à Forbach. Le championnat a lieu dans une salle de l'impressionnant Hôtel de Ville. Entrons. La buvette est sympathique et propose de la bière à seulement 1€50, avec choix entre Kronenbourg (on demande alors une "Kro") et Bitburger (on demande alors une Bitburger). Pas très loin, un stand de livres. Pas de doute, Christian Bauer est bien là. Cette fois, il a eu le bon goût de ne pas mettre une petite pancarte portant l'inscription "Pour mangé, s'il vou plé" et accompagnée d'une photo de ses filles. La salle de jeu est spacieuse et agréable. Au sol, une moquette plus toute jeune mais qui amortit bien le bruit des pas à la manière d'un parterre de chatons, le craquement des os en moins.

L'estrade accueille les 4 premiers échiquiers. Le deuxième échiquier voit s'affronter les deux ténors vandopériens, Christophe et Cédric. Au premier, indéboulonnable, Christian brise avec maintes mimiques les rêves de ceux qui espèrent le détrôner. Entre deux coups, Christian se lève et va jeter un œil amusé sur les autres parties.Une fois sa partie finie, j'en profite pour aller lui demander des infos sur les livres de son stand : "Ça, c'est nouveau, ça, c'est nouveau aussi, ça, c'est très bien (en désignant un livre dont il est l'auteur), et ça... pfff... ça... c'est... c'est... c'est de la merde". Quel commercial hors-paire! Je n'achèterai rien cette fois.

La ronde de l'après-midi a lieu dans une ambiance un peu... particulière. Qui dit samedi après-midi et mairie, dit mariage. C'est pas forcément gênant, sauf quand il s'agit d'un mariage qui a lieu dans la joie, la fête et la musique. Les touristes, dont je fais partie, ne peuvent plus respirer, tant ils rient de voir ceux qui jouent tenter désespérément de rester un tant soit peu concentrés. Un joueur craque et quitte la salle en chantant, le tournoi semble partir en sucette. Finalement, malgré la musique et les cris de liesse provenant de l'étage supérieur, les parties continuent. J'ai bien rigolé, mais je commence à me dire que j'ai de la route à faire et que ce ne serait pas une mauvaise idée de mettre les voiles dans des délais proches de l'immédiateté afin d'éviter d'être happé par le cortège marital.

Résultats complets et photos chatoyantes sur le site du club de Forbach

PS : à l'attention des damoiselles célibataires de France, de Navarre et de partout ailleurs, un reportage exclusif sur le champion de Lorraine 2009 est à découvrir ici

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04 mai 2010

Sofia, WCC 2010 : on a retrouvé Topalov !

Noir, c'est noir... Une petite coupure de courant pendant la cinquième partie et vas-y que ça fantasme à tout-va. Non, pour une fois, c'est pas un coup de Danailov (faudrait voir à pas systématiquement l'utiliser comme bouc émissaire dès que y a un truc qui part en sucette), et non, on a pas retrouvé Anand inanimé une fois la lumière revenue (normal, puisque, je le répète, Silvio n'y est pour rien). Au moins, ça a eu le mérite de mettre un peu d'animation, parce que sur l'échiquier... un remake de la troisième partie : Anand qui bétonne et Topalov qui se casse les dents.

En parlant de noir, Topalov les doublait pour les deux parties suivantes. C'est là qu'on voit une des différences entre les échecs et l'athlétisme : on n'a jamais vu un blanc doubler les noirs dans un 100 mètres. Comment ça, cette vanne est d'un goût douteux ? C'est quand même pas ma faute si les noirs sont supérieurs aux aryens en course à pied... Topalov doublait donc les noirs. Dans la sixième partie, Topalov a enfin réussi à ne pas perdre contre la Catalane ! Anand a bien tenté de lui donner le tournis en jouant treize (!) coups successifs avec le même cavalier, en vain.

Et dans la septième, miracle ! Ok, le Bulgare n'a pas gagné, mais il a enfin joué comme on aime le voir jouer : il se décide (enfin) à dévier de la Catalane pour la Bogo-Indienne, sacrifie une qualoche et introduit une nouveauté pour arriver dans une position hyper tactique qui met Anand sous pression. Pin-pon, pin-pon, y a le feu sur l'échiquier ! Mais le pompier Anand sort sa lance (à incendie) et réussit à stopper la progression des flammes, et essaie de montrer que c'est-lui-le-patron-non-mais-sans-blague en refusant plusieurs fois de répéter les coups. Nulle quand même, mais on ne s'est pas ennuyé une seconde. La huitième partie est en cours, Topalov galère toujours pour trouver la faille dans le mur slave d'Anand...

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29 avril 2010

Sofia, WCC 2010 : Kramnand prend la tête

Après la déroute de la première partie, Anand a fait mieux que se ressaisir : une victoire technique dans une Catalane, une nulle en béton dans une des variantes les moins folichonnes de la Slave, et un petit défonçage de roque dans une re-Catalane. Au fait... Catalane avec les blancs, Slave pour faire nulle avec les noirs... ça ne vous rappelle personne ? Zut, comment il s'appelle déjà ? Un grand brun, avec des lunettes... Vladimir quelque-chose... qui joue infime avantage à long-terme avec les blancs et fait nulle quand il veut avec les noirs... Tant pis, me souviens plus de son nom, enfin c'est pas très important, c'est juste pour dire que Anand il joue un peu pareil que lui.

Mais il faut bien dire que les deux gains d'Anand sont aussi l'œuvre de Topalov. Topi aime avoir l'initiative ou du contre-jeu. Pourquoi accepte-t-il alors de jouer des positions dans lesquelles il faut manœuvrer patiemment sur trois rangées, domaine où le Bulgare est trèèès loin d'être le meilleur ? Moi y en pas comprendre. Toujours est-il qu'il a intérêt à changer sa stratégie de match très rapidement, sinon les parties restantes risquent de pas mal se ressembler et on va s'ennuyer autant que devant l'épisode de Derrick où l'inspecteur décroche le téléphone et dit : "Derrick, j'écoute", puis il raccroche et dit à Harry : "Faux numéro" (pour les connaisseurs, c'est aussi l'épisode où il mange un hot-dog et dit : "C'est pas mauvais, mais ça manque de moutarde").

Anand a en tout cas l'air très à l'aise, aussi bien sur l'échiquier qu'en conférence de presse. Après la troisième partie, le GM Ian Rogers signale que les deux joueurs ont oublié de se serrer la main une fois la nulle déclarée en accord avec les "Sofia Rules" (c'est à dire en passant par l'arbitre). Topalov est surpris et fait une moue poelvoordienne, Anand reste imperturbable et lance même une petite pique : "C'est peut-être l'arbitre qui doit serrer la main!". Miam, des petites réflexions kramnikiennes (ah ben voilà, me souviens maintenant à qui le style d'Anand me fait penser ! ) de ce genre, on en redemande !

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25 avril 2010

Sofia, WCC 2010 : deux hommes pour un seul trône

Et pas n'importe quel trône, messieurs-dames ! C'est un de ces trônes où l'on est bien assis et qu'on ne quitterait pour rien au monde car, comme dit le proverbe, "qui tire la chasse perd sa place". A ma gauche, dans le rôle du challenger qui a très envie et qui tambourine à la porte, Veselin Topalov. A ma droite, dans le rôle du champion en titre qui est bien là où il est et qui répond que c'est occupé, Vishy Anand. Anand versus Topalov. C'est le maître de la préparation contre le maître de l'attaque. C'est la sauce curry contre le yaourt bulgare. C'est un choc échiquéen et culinaire.

Après avoir été reporté de 24h à cause de l'Eykaflöjk... l'Eyflajköll... l'Eykjöflöt... du volcan islandais et de la débrouillardise d'Anand (au passage, l'Indien compte, après le match, se lancer dans l'écriture de guides de voyage : Francfort-Sofia en 40 heures, et Paris-Moscou en 1 semaine), le match a commencé hier dans la joie, la bonne humeur, le respect et l'esprit sportif cher au baron de Coubertin, et pour fêter le début du match toutes les guerres dans le monde se sont arrêtées et, ok, c'est tellement gros que même moi je crois pas à ce que je viens d'écrire.

Entre le clan Topalov qui ferait presque passer ce match pour un combat enter Veselin Skywalker et Vishy Vador, et le presque impartial organisateur-manager Danailov qui parle déjà de l'éventualité de poursuivre la FIDE en justice pour le manque à gagner qu'a engendré le report du match, elle doit être spéciale l'ambiance sofiote. D'ailleurs, Anand ne semble pas encore y être adapté, vu la... comment le dire délicatement... branlée qu'il s'est pris hier. 30 petits coups et puis s'en va, Topi récite, Vishy s'embrouille, et le voilà qui passe pour un poulet, et même pas tandoori. Deuxième partie aujourd'hui, on espère un réveil d'Anand pour l'intérêt du spectacle.

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19 février 2010

Championnat de Lorraine Jeunes, suite et fin

Il l'a fait ! La nouvelle star des échecs révélée par ce blog, Anatole Bach, champion de Lorraine benjamin une ronde avant la fin, a définitivement montré sa supériorité en remportant sa dernière partie pour un 7/7 impeccable. Mais comme il le dit lui-même : « j'ai aucun mérite, c'était vraiment trop facile ». Avant d'ajouter : « C'est seulement la 38ème coupe que je gagne». On ne peut que s'incliner devant tant de modestie.

Dernière journée d'un championnat jeune, ça veut dire plus de joie pour certains, plus de larmes pour d'autres. Et la fin du cauchemar pour les coachs sous antidépresseurs depuis 4 jours. Si, si, ces gens-là souffrent pendant tout le tournoi. Pour preuve, une anecdote que m'a raconté le coach vandopérien Cédric Paci :

une jeune joueuse vient voir Cédric avant sa partie pour qu'il lui montre comment jouer la partie italienne côté blanc. Cédric s'exécute de bon coeur et lui montre l'attaque Möller : 1.e4 e5 2.Cf3 Cc6 3.Fc4 Fc5 4.c3 suivi de 5.d4. La jeune fille, de manière très sérieuse, note les coups et les rejoue plusieurs fois sur un échiquier. Puis rejoint la salle de jeu pour jouer sa partie. Cédric, en bon professionnel, va jeter un coup d'oeil sur la partie et s'aperçoit que 4.0-0 et 5.d3 ont été joués. La jeune joueuse l'aperçoit, lui sourit et vient le voir, non pas parce qu'elle s'est rendue compte de son « erreur », mais pour lui exhiber la rature qu'elle a faite sur sa feuille de partie. Une fois la partie terminée, Cédric demande à sa protégée pourquoi elle avait dévié de sa « préparation ». La réponse de celle-ci l'atteint de plein fouet : « C'est pas ma faute, le coup est parti tout seul ». Victoire par KO.

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17 février 2010

Les Championnats de Lorraine Jeunes

Quoi de plus merveilleux que de se réveiller et d'entendre la douce mélodie de la pluie s'écrasant sur les Velux se mêler aux ronronnements automobiles, symptomatiques de l'éveil de la ville dans la fraîcheur hivernale ? C'est ça un mercredi matin à Nancy au mois de février : le temps est tout pourri et on se les gèle sérieux. Je me rends aujourd'hui aux Championnats de Lorraine Jeunes, à Metz.

Départ de Nancy à 8h35, en compagnie des deux coachs vandopériens, Christophe Philippe (conducteur) et Cédric Paci (place du mort), et d'un jeune joueur, l'inimitable et toujours modeste Anatole Bach. Les sujets de conversation dans la voiture sont passionnants : Christophe se demande ce qu'il va manger à midi, Cédric nous fait un brillant exposé sur sa dernière trouvaille stratégique échiquéenne, le pion "un peu passé", et Anatole, qui a fait sienne la devise "I'm the best, f*** the rest", nous explique comment prolonger indéfiniment une partie en tournant pendant quarante coups dans une position gagnante avant de finalement jouer un plan gagnant déjà disponible avant d'entamer la série de quarante coups susdite. Le trajet, censé durer 45 minutes, me paraît beaucoup plus long.

Les minimes et benjamin(e)s commencent à 9h30, les catégories d'âge inférieures à 10h. Comme d'habitude, les parties des plus petits s'achèvent en moins de temps qu'il n'en faut pour boire un café, et ceux-ci viennent interrompre le sacro-saint goûter de milieu de matinée de Christophe et les bullets de Cédric sur playchess pour faire analyser leur partie. En observant les deux coachs interrompus si subitement dans leur activité favorite, on obtient une représentation assez précise de l'expression "avoir l'air désespéré".

Après deux heures d'analyses de parties condamnées à sombrer dans les oubliettes de l'histoire, la faim commence à se faire sentir, mais Anatole a décidé, dans une finale a priori nulle, de forcer et de faire visiter à son Fou toutes les cases noires de l'échiquier. Un peu après 13h, Anatole utilise sa dernière arme psychologique en perdant un pion sur échec et en proposant nulle. L'effet est immédiat, son adversaire craque. Nous pouvons enfin aller soulager nos ventres affamés dans un restaurant américain dont la spécialité est le hamburger. Oui, on a mangé au MacDo.

Les parties de l'après-midi commencent, et il semble que le scénario de la matinée se répète. Dans l'analyse post-mortem d'une partie de pupillettes, nous avons l'immense honneur de voir ce qui restera sans doute comme un des coups les plus extraordinaires de cette compétition, un sublime "Dd8-h5, hop! ni vu, ni connu, j't'embrouille" qui n'a apparemment choqué aucune des 2 joueuses pendant la partie. Mais ne comptez pas sur moi pour utiliser cette anecdote et balancer une blague macho du style : "ben oui, c'est ça les échecs féminins", jamais je n'écrirai ce genre de choses !

Peu après 16h, un coup de théâtre vient troubler la bonne humeur dans laquelle nous baignions jusqu'alors. Nous apercevons un Anatole dépité entrer dans la salle d'analyse. Hé oui, ce sont des choses qui arrivent... une fois n'est pas coutume, Anatole a gagné en moins de 3h de jeu et n'a pas eu besoin de demander une feuille de partie supplémentaire. Courage Anatole, ce n'est qu'un accident de parcours !

17h30 : il est temps de rentrer à Nancy. Les coachs, bien qu'au bord de la dépression, ont vaillamment accompli leur tâche jusqu'au bout. Mais ils savent que demain ils devront remettre ça, et, au moment où j'écris, doivent enchaîner les Pater noster pour que je ne raconte pas tout ce que j'ai pu voir ou entendre à leur sujet aujourd'hui. Rassurez-vous messieurs, comme dit le proverbe : "la parole est d'argent, mais le silence s'achète". Vous avez le choix...

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